La Queen

La Queen

Des allures de diva. La chouchou du service, des yeux à tomber, une malice et une perfidie dont elle joue pour obtenir ce qu'elle veut ou presque. On lui pardonne tout car Madame Fourier est drôle.

Et la tendresse ?... Bordel !

Et la tendresse ?... Bordel !

Madame Fourier, la chouchou donc, demande beaucoup parce qu'elle donne beaucoup, aussi. Des gestes, des sourires et des "ma chérie" ou "ma cocotte". Elle offre sans s'en rendre compte.

La mémoire

La mémoire

Parfois, sur un petit rien, sa mémoire fout le camp. Alors, Madame Goyon, ancienne institutrice de 92 ans, s'inquiète, travaille sur des tablettes, relate sur des cahiers, des post-it, ses journées passées et à venir, tout ce qui lui passe par la tête. Elle se souvient de la France pétainiste, de sa classe à Fontenay-le-Fleury, de son mari informaticien passionné de photo, des messes en latin avec sa maman, sa poupée dans les bras. Elle se souvient de tout, en fait.

Quatre couleurs

Quatre couleurs

Pour entretenir sa mémoire, Madame Goyon travaille régulièrement avec Clarisse, en échangeant, discutant et en réalisant des exercices sur une tablette. Elle n'aime pas les chiffres, les séries, dont il faut se souvenir, qu'il faut répéter dans une sens ou dans un autre. Mais les formes, les couleurs, les lettres, oui, elle aime. Et elle note tout.

L'élégante

L'élégante

"Madame" Nicolas. A 71 ans, elle oublie beaucoup de choses, nos rencontres, les photos, nos discussions, les rendez-vous du quotidien mais pas son élégance qu'elle porte naturellement. Ni son mari dont elle parle tout le temps, un géologue avec lequel elle a voyagé un peu partout dans le monde. Quels pays ? "Où ne suis-je pas allée, c'est plus rapide !"

Folie

Folie

Il n'y a pas d'âge pour les potins, les ragots, dans les magazines ou au sein de la résidence. A 70, 80 ou 90 ans, on aime encore dire du mal des autres : "Je ne parle à personne, ils sont tous fous ici !" Puis ils rigolent, ensemble.

La chambre du fils

La chambre du fils

Une chambre libre, vide et froide comme la mort. Dans les autres, occupées, il y a encore la vie, des livres, des dessins, une télévision, des photos des enfants, des petits-enfants et des arrières-petits-enfants dont on a noté les noms car cela commence à faire beaucoup. Parce qu'on oublie aussi.

Impérissables

Impérissables

Très peu de vraies fleurs dans les chambres. Tout est plastique, papier, carton, figé, comme si rien, au cours des prochaines années, ne devait se faner.

Prière païenne

Prière païenne

Cette dame n'avait pas bougé depuis de longues minutes quand elle a commencé à regarder ses mains burinées. D'abord une puis l'autre avant de les joindre dans un geste éphémère. Elle les a posées sur ses genoux comme ils le font tous, un geste d'attente.

Les mains

Les mains

Ce projet dans une résidence pour personnes âgées est né d'un regret : ne pas avoir réalisé le portrait de mes grand-parents, ne pas avoir gardé d'eux une image, un beau cliché. Au fil de mes visites, je constate que les mains, dont ils ne savent plus quoi faire, m'attirent autant que leurs visages. Les deux parties de ce corps disent chacun leur vérité, leur histoire.

La confiance

La confiance

Elle demande souvent, toutes les deux minutes, tout le temps, "Aidez-moi, qu'est-ce que je dois faire s'il-vous-plaît ?". Elle semble constamment perdue, en quête d'une épaule, d'un mot ou d'une main. Quand elle la trouve, elle s'apaise, en un instant.

J'ai ta main dans ma main

J'ai ta main dans ma main

Sans le personnel, ils se laisseraient aller à une monotonie et un chemin tout tracé, résignés. Ils grognent quand on les sort de leur fauteuil, de leur lit, de leur léthargie, peut-être souffrent-ils physiquement. Puis, en quelques pas, quelques secondes, ils revivent.

Laissez parler les petits papiers

Laissez parler les petits papiers

Les chambres, les salles, sont parsemées de papiers, de petits mots, comme la date du jour, la personne à qui on a prêté une canne et l'adresse de la résidence, la même depuis des années pour certains pensionnaires. Comme des garde-fous. "Merci de m'avoir aidé aujourd'hui."

Vocation

Vocation

La pause-clope, indispensable quand on évolue dans ce type de milieu professionnel, épuisant, éreintant, sans moment de répit en réalité. J'y passe une à deux heures par semaine grand maximum, comme simple observateur, et j'en sors vidé. Je ne sais pas comment ils font.

Monde parallèle

Monde parallèle

C'est une salle de vie, de restauration, de rencontres avec les familles, de passage et, paradoxalement, l'endroit le plus silencieux de la résidence. Ils ne passent rien sauf la lumière traversante d'un début d'été.

L'attente

L'attente

Entre le sommeil et les repas, les activités parfois, les visites de temps en temps, l'attente, le temps qui défile trop lentement, sûrement. Le regard dans le vide, ils se demandent peut-être ce qu'ils font là, ce qu'ils faisaient avant, plus vite, plus libres, plus jeunes.

Voulez-vous danser ?

Voulez-vous danser ?

Journée Joe Dassin avec Camille aux platines, une enceinte au milieu du cercle des résidents. Certains stoïques, d'autres dodelinant tout doucement, quelques-unes (un seul homme cette fois-là) chantant de bon coeur. "On peut mettre "La vie en rose" ?"